Terrorisme en Afrique de l'Ouest : pourquoi la menace s'étend jusqu'aux pays côtiers ?

Le terrorisme continue de s'étendre du Sahel vers les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire renforce son dispositif sécuritaire face aux incursions djihadistes
Longtemps cantonné aux pays du Sahel, le terrorisme poursuit aujourd'hui son expansion vers les États côtiers d'Afrique de l'Ouest. Le Bénin, le Togo et la Côte d'Ivoire figurent désormais parmi les pays confrontés à des risques croissants d'infiltration et d'attaques de groupes armés. Face à cette menace mouvante, les États de la région renforcent leur coopération sécuritaire et judiciaire pour tenter d'endiguer son avancée.
Des attaques répétées contre des positions militaires, des mouvements transfrontaliers de combattants armés et des déplacements massifs de populations témoignent d'une situation sécuritaire particulièrement préoccupante. Au-delà des opérations militaires, les experts soulignent toutefois que la lutte contre le terrorisme ne pourra être durable sans une réponse globale associant développement, justice et gouvernance.
Une menace qui s'étend des pays sahéliens vers le golfe de Guinée
Depuis plusieurs années, les groupes armés étendent progressivement leur zone d'action au-delà de la bande sahélienne. Les régions septentrionales du Bénin, du Togo et de la Côte d'Ivoire sont régulièrement visées par des attaques contre des postes militaires et des positions frontalières.
Dans le bassin du lac Tchad, qui couvre une partie du Nigeria, du Niger, du Tchad et du Cameroun, les violences demeurent particulièrement élevées. Les populations civiles continuent d'être affectées par des attaques meurtrières, des enlèvements et des pillages perpétrés par des groupes terroristes et des bandes criminelles.
Selon les données internationales, l'Afrique subsaharienne concentre désormais la majorité des décès liés au terrorisme dans le monde. Des millions de personnes ont également été contraintes d'abandonner leur domicile pour fuir les violences qui frappent leurs localités.
Les racines profondes de la crise sécuritaire
L'expansion du terrorisme en Afrique de l'Ouest s'explique par plusieurs facteurs géopolitiques et socio-économiques.
La chute du régime libyen en 2011 a favorisé une importante circulation d'armes dans la région sahélienne et le retour de combattants lourdement armés. Un an plus tard, la crise malienne de 2012, marquée par la rébellion touarègue et l'effondrement de l'autorité étatique dans le nord du pays, a permis à plusieurs groupes djihadistes de s'implanter durablement.
À ces éléments s'ajoutent des réalités locales persistantes : pauvreté, chômage des jeunes, faible présence des services publics dans certaines zones rurales, conflits liés à l'accès aux ressources naturelles aggravés par le changement climatique ainsi que des tensions communautaires.
Ces fragilités constituent un terreau exploité par les groupes armés pour recruter de nouveaux membres, financer leurs activités et étendre leur influence dans plusieurs pays de la sous-région.
Des groupes armés bien implantés dans la région
Parmi les principales organisations actives figurent le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, ainsi que différentes branches de l'organisation État islamique, notamment l'État islamique en Afrique de l'Ouest (EIAO) et l'État islamique au Grand Sahara (EIGS).
Ces groupes opèrent selon des modes d'action variés et profitent souvent de l'immensité des zones frontalières pour déplacer combattants et équipements entre plusieurs pays. Leur présence constitue aujourd'hui l'un des principaux défis sécuritaires auxquels sont confrontés les États ouest-africains.
La Côte d'Ivoire face à une menace persistante
La Côte d'Ivoire n'échappe pas à cette évolution préoccupante. Le pays est confronté à la menace terroriste depuis près d'une décennie.
Le 13 mars 2016, l'attentat de Grand-Bassam a marqué un tournant dans l'histoire sécuritaire ivoirienne. Revendiquée par Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), cette attaque menée contre plusieurs hôtels et la plage de la cité balnéaire a coûté la vie à 19 personnes et fait de nombreux blessés.
Quatre ans plus tard, le 11 juin 2020, le poste des Forces armées de Côte d'Ivoire (FACI) de Kafolo, situé dans le nord-est du pays, a été pris pour cible par des hommes armés venus de la frontière burkinabè. Cette attaque a entraîné la mort d'une dizaine de militaires ivoiriens.
Depuis lors, les régions du Bounkani, du Tchologo et du Poro, situées à proximité des frontières avec le Burkina Faso et le Mali, font l'objet d'une vigilance accrue afin de prévenir toute tentative d'infiltration de groupes armés.
Une réponse sécuritaire et judiciaire renforcée
Face à cette menace, les autorités ivoiriennes ont considérablement renforcé leur dispositif sécuritaire au cours des dernières années. Des opérations militaires sont régulièrement menées dans les zones frontalières sensibles, tandis que la coopération avec les pays voisins s'est intensifiée.
Sur le plan judiciaire, la lutte contre le terrorisme s'est également durcie. En avril 2026, la Section antiterroriste du Tribunal de première instance d'Abidjan a condamné six personnes à la prison à perpétuité et dix-sept autres à 20 ans de réclusion pour leur implication dans l'attaque de Kafolo.
Ces condamnations illustrent la volonté des autorités de sanctionner les auteurs et complices présumés d'actes terroristes tout en consolidant le dispositif national de prévention et de répression.
Une lutte qui dépasse la seule réponse militaire
Si les progrès réalisés par les États ouest-africains sont salués, de nombreux spécialistes estiment qu'une réponse exclusivement sécuritaire ne saurait suffire.
La lutte contre le terrorisme implique également des politiques ambitieuses en matière de développement économique, d'accès à l'éducation, de gouvernance locale et d'inclusion sociale. Le renforcement des services publics dans les zones fragiles et la coopération régionale apparaissent également comme des leviers essentiels.
Dans une région où les frontières sont poreuses et les défis multiples, la sécurité collective demeure plus que jamais une responsabilité partagée. L'avenir de la lutte contre le terrorisme en Afrique de l'Ouest dépendra autant de la capacité des États à protéger leurs populations que de leur aptitude à répondre aux causes profondes des crises qui alimentent cette menace.
