Côte d'Ivoire : le meurtre d'un livreur à Cocody relance le débat sur la peine de mort

Après l'assassinat d'un livreur à Cocody, la députée RHDP Naya Jarvis Zamblé relance le débat sur le rétablissement de la peine de mort en Côte d'Ivoire, une proposition qui divise l'opinion publique entre demande de fermeté et défense des droits humains
L'émotion provoquée par l'assassinat de Mamadou Koné continue de secouer l'opinion publique ivoirienne. Ce livreur, tué le 14 juillet 2026 à Cocody, à Abidjan, est devenu malgré lui le symbole d'un débat plus large sur la sécurité, la justice pénale et les sanctions appliquées aux crimes les plus graves en Côte d'Ivoire.
Au lendemain de ce drame, la députée Naya Jarvis Zamblé, membre du groupe parlementaire RHDP, a plaidé pour l'ouverture d'une réflexion nationale sur un sujet particulièrement sensible : le rétablissement éventuel de la peine de mort pour les crimes qu'elle qualifie « d'odieux ».
Une proposition portée par l'émotion et la fermeté
Réagissant publiquement à cette affaire, la parlementaire estime que certains actes criminels d'une extrême gravité devraient pouvoir être sanctionnés par la peine capitale. Selon elle, le Parlement gagnerait à engager un débat national afin d'évaluer l'opportunité de réintroduire cette sanction exceptionnelle dans des cas strictement définis.
Naya Jarvis Zamblé a également développé un argument d'ordre moral et financier. Elle considère qu'il serait difficilement acceptable que des auteurs de crimes particulièrement violents soient entretenus en détention aux frais de l'État et, par conséquent, des contribuables ivoiriens.
Au-delà de sa prise de position politique, l'élue a annoncé que son cabinet prendra intégralement en charge la scolarité des deux enfants devenus orphelins à la suite du décès de Mamadou Koné.
La peine de mort abolie depuis plus d'une décennie
Si cette proposition suscite déjà de nombreuses réactions, elle se heurte toutefois au cadre juridique actuellement en vigueur en Côte d'Ivoire.
Le pays a officiellement aboli la peine de mort en 2015 lors de la réforme du Code pénal et du Code de procédure pénale. Cette abolition a ensuite été consacrée dans la Constitution de 2016. Son article 3 dispose notamment que « le droit à la vie est inviolable » et que « la peine de mort est abolie ».
La Côte d'Ivoire a par ailleurs renforcé ses engagements internationaux en matière de protection des droits humains. En mai 2024, elle a ratifié le Deuxième protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, un texte international visant l'abolition définitive de la peine capitale.
Ces dispositions juridiques constituent aujourd'hui des obstacles majeurs à toute éventuelle réintroduction de la peine de mort, laquelle nécessiterait des réformes constitutionnelles et la remise en question d'engagements internationaux déjà ratifiés.
Les auteurs condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité
Face à l'émotion suscitée par ce meurtre, les autorités ivoiriennes ont fermement condamné l'acte criminel et réaffirmé leur volonté de renforcer la lutte contre l'insécurité.
Lors d'un procès en flagrant délit tenu le 23 juillet 2026, les deux principaux auteurs de l'agression ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, conformément aux dispositions prévues par la législation ivoirienne.
Le procureur de la République a également adressé une mise en garde aux réseaux criminels qui ciblent particulièrement les conducteurs de deux-roues, devenus des victimes récurrentes de vols avec violence et d'agressions.
Un débat de société désormais relancé
L'affaire Mamadou Koné dépasse désormais le cadre judiciaire. Elle pose des questions fondamentales sur l'équilibre entre la nécessité de sanctionner sévèrement les crimes les plus graves, le respect des droits fondamentaux et les engagements internationaux de la Côte d'Ivoire.
Pour certains, le rétablissement de la peine de mort constituerait une réponse à la montée de l'insécurité et un moyen de dissuasion face aux crimes les plus violents. Pour d'autres, l'abolition de cette peine demeure un acquis juridique et humaniste qu'il convient de préserver.
Une chose est certaine : le meurtre tragique de Mamadou Koné a rouvert un débat sensible qui touche à la fois aux valeurs de la justice, à la protection des citoyens et aux choix de société que la Côte d'Ivoire entend défendre pour les années à venir.
