Campagne 2026-2027 : le cacao fixé à 1 200 FCFA et le café à 1 300 FCFA le kilo

mardi 1er septembre 2026 à Abidjan, le prix bord champ du cacao à 1 200 FCFA le kilo et celui du café à 1 300 FCFA pour la campagne 2026-2027. Une annonce attendue avec anxiété par des centaines de milliers de producteurs, un an après un record historique à 2 800 FCFA qui semble déjà loin.
Les chiffres sont tombés au Parc des Expositions d’Abidjan, à l’occasion de la 10e édition des Journées nationales du cacao et du chocolat (JNCC). C’est le vice-président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, qui les a rendus publics au nom du président Alassane Ouattara. Pour le cacao, le prix est fixé à 1 200 FCFA le kilogramme, contre 1 300 FCFA pour le café. Le fait est là, mais sa portée mérite d’être mesurée : ce niveau n’a rien d’anodin.
Car il y a tout juste un an, la campagne principale 2025-2026 s’ouvrait sur 2 800 FCFA/kg, un sommet jamais atteint dans l’histoire de la filière. Puis les cours mondiaux se sont effondrés, et le prix avait déjà été ramené à 1 200 FCFA pour la campagne intermédiaire, de mars à août 2026. La nouvelle campagne entame donc sa course au même niveau que celle qui s’achevait, ce qui, en apparence, évite un nouveau choc. En réalité, elle officialise une descente d’un cran après deux saisons de vertige.
Pourquoi ce niveau ? La mécanique est bien connue des initiés de la filière. Le Conseil du Café-Cacao vend par anticipation environ 80 % de la récolte prévisionnelle, soit plus de 1,1 million de tonnes pour le seul cacao. Or ces contrats ont été conclus entre mars et juin, précisément lorsque les cours mondiaux étaient déprimés, valorisant le kilogramme autour de 1 200 FCFA avant déduction des coûts de mise en marché. Certains observateurs tablaient même, à la veille de l’annonce, sur un « prix de vérité » proche de 1 000 FCFA, payable sans subvention.
L’État, lui, a payé une facture salée pour la campagne écoulée : près de 280 milliards de FCFA de subventions, dont le rachat de 100 000 tonnes d’invendus à 2 800 FCFA/kg pour éviter que des planteurs ne restent avec leurs fèves non payées. Dans ce contexte, l’arbitrage final à 1 200 FCFA, légèrement au-dessus du scénario le plus pessimiste, se veut un compromis entre soutenabilité budgétaire et revenu paysan. Selon la presse ivoirienne, la filière reste en outre secouée par la crise des stocks résiduels non enlevés lors de la précédente campagne, un passif qui pèse sur les calculs.
Chez les producteurs, l’annonce suscite un mélange de soulagement et d’amertume. Soulagement, parce que le pire scénario, celui d’une chute sous les 1 000 FCFA, a été évité et que le revenu reste garanti. Amertume, parce que 1 200 FCFA ne couvre plus les mêmes besoins qu’en 2024 : intrants, main-d’œuvre et vie chère ont grimpé pendant que le prix reculait. Les organisations paysannes rappellent volontiers que le cacao fournit des revenus à environ un million d’exploitations ivoiriennes. Leur opinion, largement partagée dans les zones de production, est que la filière ne peut pas se construire durablement sur un prix plancher.
L’autre crainte, documentée par la presse économique, est celle de la fraude aux frontières. Un prix ivoirien jugé prudent attise les trafics vers le Ghana, le Liberia et la Guinée, où le différentiel de prix peut devenir considérable. Les autorités estiment que les exportations frauduleuses pourraient doubler si la vigilance se relâchait sur les frontières est et ouest.
Le gouvernement a répondu par un dispositif structurel : la carte du producteur, dotée d’une puce bancaire, est devenue obligatoire pour toute transaction dès le 1er septembre, dans le cadre du Système national de traçabilité. Plus de 900 000 cartes avaient déjà été retirées à fin mai, sur un peu moins de 1,2 million de producteurs recensés. Un chantier de taille qui vise également à renforcer la traçabilité de la production et la conformité aux exigences européennes contre la déforestation.
Distinguer les faits des anticipations s’impose ici. Les faits sont clairs : un prix fixé à 1 200 FCFA pour le cacao et à 1 300 FCFA pour le café, une campagne ouverte le 1er septembre, soit un mois plus tôt que par le passé, et un mécanisme de garantie maintenu. Les incertitudes concernent, elles, l’évolution des cours mondiaux, la capacité de l’État à éviter de nouvelles subventions massives et l’efficacité réelle du contrôle frontalier.
Il faut également noter que le Conseil du Café-Cacao conserve la possibilité de réviser le prix à la hausse si les ventes restantes se concluent à de meilleurs niveaux. Une perspective déjà évoquée, mais qui ne constitue pas encore une réalité.
La question qui hante désormais les plantations est simple : 1 200 FCFA suffiront-ils à maintenir le planteur dans son verger ? Les chiffres de la traçabilité, les volumes d’arrivée au port et l’intensité de la fraude frontalière apporteront, dans les prochains mois, une réponse plus concrète que les discours d’ouverture. La campagne 2026-2027 ne fait que commencer, et son véritable bilan se jouera bien au-delà du prix annoncé.
